Comment investir sans riba (intérêt)

Guide de l'investissement conforme à l'islam en Suisse · par Ahmed & Hassan Al Gizani
La réponse, en bref

Investir sans riba, c'est exclure l'intérêt de ses placements au profit d'actifs adossés à l'économie réelle. Concrètement : on évite les obligations, les comptes rémunérés et tout instrument qui rémunère un capital sans risque, et on privilégie les actions filtrées, l'or, l'immobilier ou les ETF conformes. La démarche repose sur un filtrage rigoureux et, en Suisse, sur une adaptation au CHF, à la fiscalité et aux plateformes locales.

Le riba est l'un des interdits les plus clairs de la finance islamique — et paradoxalement l'un des plus difficiles à éviter en pratique, tant l'intérêt est présent partout dans le système financier moderne. Comptes bancaires, obligations, crédits, produits d'épargne : la plupart des placements « par défaut » en contiennent. Ce guide explique ce qu'est réellement le riba, pourquoi il est prohibé, et surtout comment construire un patrimoine qui en soit exempt, sans renoncer à faire fructifier son capital.

Qu'est-ce que le riba exactement ?

Le riba désigne l'intérêt ou l'usure : tout surplus obtenu sans contrepartie réelle dans un prêt ou un échange. Le terme est souvent traduit par « usure », mais en réalité il englobe tout intérêt, quel que soit son taux. Les savants distinguent traditionnellement deux formes.

Le riba al-nasi'ah (l'intérêt sur un prêt)

C'est la forme la plus courante et la plus évidente : le supplément versé sur une somme prêtée, en fonction du temps. Quand une banque vous rémunère votre épargne, ou quand un crédit vous coûte des intérêts, c'est du riba al-nasi'ah. C'est cette forme qui concerne directement l'investisseur.

Le riba al-fadl (le surplus dans l'échange)

Plus subtil, il concerne l'échange inégal de biens de même nature (par exemple échanger une quantité d'or contre une quantité différente du même or). Cette forme intervient surtout dans les questions liées aux matières premières et à certaines structures financières modernes.

À retenir

Le riba n'est pas seulement un taux « abusif ». En finance islamique, tout intérêt fixe et garanti sur un capital prêté est considéré comme du riba, indépendamment de son niveau. C'est une différence fondamentale avec l'approche conventionnelle.

Pourquoi le riba est-il interdit ?

L'interdiction repose sur un principe économique et éthique : le riba permet de gagner de l'argent sans prise de risque réelle ni participation à une activité productive. Celui qui prête à intérêt est assuré d'un gain, quoi qu'il arrive à l'emprunteur ou au projet financé.

La logique islamique valorise au contraire l'investissement adossé à des actifs tangibles et le partage des profits et des pertes. Investir doit signifier prendre part à une activité réelle — une entreprise, un bien, un projet — avec les risques que cela comporte. C'est ce qui rend le gain légitime. Éviter le riba, en somme, c'est faire le choix d'investir dans le réel plutôt que dans la rente.

Quels placements contiennent du riba ?

Voici les instruments qu'un investisseur souhaitant éviter le riba doit écarter :

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Comment investir sans riba, en pratique ?

Éviter le riba ne signifie pas renoncer à investir — bien au contraire. Il s'agit de réorienter son capital vers des actifs conformes, adossés à l'économie réelle. Voici les grandes familles de placements compatibles.

Les actions filtrées

Investir dans des entreprises réelles est parfaitement conforme, à condition de les filtrer. Le filtrage se fait en deux temps : d'abord un filtre sectoriel (l'activité ne doit pas relever d'un domaine prohibé), puis des ratios financiers selon les standards AAOIFI — dette portant intérêt inférieure à 33 % de la capitalisation, liquidités porteuses d'intérêt inférieures à 33 %, revenus non conformes inférieurs à 5 %.

L'or physique et les actifs tangibles

L'or, détenu physiquement, est un actif tangible traditionnellement considéré comme conforme et souvent utilisé comme réserve de valeur. L'immobilier, adossé à un bien réel, entre dans la même logique — sous réserve d'un financement lui-même sans intérêt.

Les ETF halal

Il existe des fonds indiciels (ETF) spécifiquement conçus pour ne contenir que des entreprises conformes, avec un screening intégré. Ils offrent une diversification simple, à condition d'en vérifier la méthodologie de filtrage.

Les cryptomonnaies, au cas par cas

Certaines cryptomonnaies peuvent être considérées comme conformes selon leur usage et leur structure, tandis que les protocoles fondés sur l'intérêt (staking assimilable au riba, plateformes de prêt) posent problème. Chaque cas s'examine individuellement.

La spécificité suisse

Investir sans riba en Suisse suppose de composer avec un environnement précis : le franc suisse, la fiscalité cantonale, le 3e pilier (dont les supports classiques contiennent souvent de l'intérêt) et les plateformes accessibles depuis la Suisse. La plupart des contenus de finance islamique visent d'autres marchés — c'est précisément là qu'un accompagnement local fait la différence.

Le cas de l'épargne bancaire

Une question revient souvent : un compte épargne suisse est-il halal ? Un compte classique qui verse un intérêt ne l'est pas, puisque cet intérêt est du riba. Deux options existent : conserver ses liquidités sur un compte non rémunéré, ou refuser et purifier l'intérêt éventuellement perçu. Mais pour réellement faire fructifier son capital, l'épargne rémunérée n'est de toute façon pas la bonne voie : mieux vaut se tourner vers l'investissement dans des actifs réels et conformes.

Questions fréquentes

Le riba désigne l'intérêt ou l'usure en islam : tout surplus obtenu sans contrepartie réelle dans un prêt ou un échange. Il recouvre deux formes principales : le riba al-nasi'ah (l'intérêt sur un prêt, le plus courant) et le riba al-fadl (le surplus dans l'échange de biens de même nature). Le riba est prohibé car il génère un gain déconnecté du risque et du travail réels.

Le riba est interdit parce qu'il permet de gagner de l'argent sans prise de risque réelle ni participation à une activité économique productive. L'islam encourage l'investissement adossé à des actifs tangibles et au partage des profits et des pertes, plutôt que la rémunération garantie d'un capital prêté.

Contiennent du riba : les obligations classiques et bons du Trésor, les comptes d'épargne et comptes courants rémunérés, les certificats de dépôt, les fonds obligataires, ainsi que les entreprises dont le modèle repose sur le prêt à intérêt (banques conventionnelles, sociétés de crédit). Les produits à fort effet de levier sont également à écarter.

On investit sans riba en privilégiant les actifs adossés à l'économie réelle : actions d'entreprises filtrées selon les ratios AAOIFI, or physique, immobilier, ETF halal, et certaines cryptomonnaies examinées au cas par cas. La clé est un filtrage rigoureux et l'exclusion de tout instrument rémunérant un capital sans risque. En Suisse, cela suppose d'adapter la démarche au CHF, à la fiscalité et aux plateformes locales.

Un compte épargne classique qui verse un intérêt n'est pas conforme, car cet intérêt est du riba. Il reste possible de conserver des liquidités sur un compte non rémunéré, ou de refuser et purifier l'intérêt perçu. Pour faire fructifier son capital sans riba, il faut se tourner vers l'investissement dans des actifs réels et conformes plutôt que vers l'épargne rémunérée.

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